MENU

Dossiers Thématiques

Fertilisation (1) : définir sa stratégie

Introduction

Sur la ferme de la Bourdaisière, la stratégie de fertilisation est essentielle. Il s’agit de s’assurer que les légumes poussent dans les conditions les plus favorables à leur croissance et à leur robustesse, sans polluer ni consommer de grandes quantités d’énergie. La bonne santé des plantes est aussi importante que les « bons rendements ». Tout comme un être humain qui mange trop de chocolat peut tomber malade, une plante à qui on donne trop d’azote peut également tomber malade.

biodiv dessin Rustica

La présence de matière organique dans le sol est essentielle pour maintenir sa fertilité. Cette matière organique est composée de matière fraîche (résidus de plantes ou de cadavres d’animaux) et d’humus. Les organismes du sol transforment la matière fraîche organique en humus. Cet humus, qui donne une couleur foncée au sol, permet de retenir beaucoup d’eau et de substances nutritives.
Cela signifie que pour améliorer la fertilité du sol, il faut commencer par préserver et enrichir la matière organique qu’il contient. On peut y parvenir par des pratiques agricoles appropriées et en utilisant du fumier, du compost ou des engrais verts.
La matière organique demande un certain temps pour se transformer en humus. De même l’humus sera lentement digéré par les microbes, ce qui libérera ses matières nutritives. Le maraîchage inspiré de la permaculture, c’est donc une agriculture qui donne le temps au temps et agit avec la nature, en respectant son rythme.

Nourrir le sol pour nourrir la plante

C’est le sol qui nourrit la plante. Par le processus de minéralisation, la vie microscopique du sol digère la

Minéralisation : les micro organismes du sol dégradent la matière organique.
Minéralisation : les micro organismes du sol dégradent la matière organique.

matière organique présente et libère ainsi les éléments minéraux sous une forme assimilable par les plantes. La conscience de ce fonctionnement modifie profondément les pratiques agricoles car l’agriculture « classique » prend peu en compte la vie du sol. L’écosystème du sol est un monde à part entière d’une fascinante complexité. Pour en savoir plus à son propos, suivez ce lien.

La présente page traite de la stratégie de fertilisation, sans détailler ici les fonctionnements biologiques qui sont néanmoins la toile de fond des raisonnements présentés. La question traitée ci-après est donc : que faut-il apporter à la terre pour que les légumes poussent au mieux ?

Fertilisation et amendement

compost
Le compost amende et fertilise.

Le compost amende et fertilise. La fertilisation et l’amendement sont deux démarches liées visant à améliorer la croissance et la santé des cultures. L’amendement désigne les pratiques destinées à améliorer le sol dans le long terme (amélioration du taux de M.O. dans le sol par apport de compost mûr, amélioration de la texture et de la structure du sol par marnage…) alors que la fertilisation vise plutôt à favoriser la bonne disponibilité des nutriments pour les prochaines cultures (apport de fumier, compost riche, fientes de volailles… ou engrais de synthèse en agriculture non-biologique). Ces deux démarches sont intimement liées, un bon amendement permettant une fertilisation plus efficace. De plus les apports de compost ainsi que les cultures d’engrais verts visent à la fois la nutrition de la culture suivante et l’amélioration de long terme du sol. Dans ce cas de figure, amendement et fertilisation se rejoignent et se confondent.

Les buts à atteindre

La fertilisation et l’amendement d’une microferme maraîchère inspirée de la permaculture doivent répondre à plusieurs impératifs :

  • Améliorer le sol, à court terme comme à long terme : il faut augmenter le taux de matière organique des 30 à 50 premiers centimètres de sol de manière à améliorer sa structure (aération), sa capacité de rétention d’eau et de nutriments et favoriser la vie du sol.
  • Favoriser le développement de la vie du sol : pour cela il faut nourrir l’écosystème du sol en lui fournissant de la matière organique de bonne qualité : équilibre entre humus stable, matière ligneuse et matière fraîche (en terme plus technique:  équilibre carbone, azote et sucres). En effet la vie du sol est le garant de la bonne nutrition et de la bonne santé des plantes. Un préalable est de ne pas détruire la vie du sol donc : faible travail du sol, zéro pesticides, pas d’engrais de synthèse…
eutrophisation rivière
L’eutrophisation liée à l’agriculture tue la vie des cours d’eau.
  • Ne pas polluer les eaux : l’agriculture est la première cause de l’eutrophisation des cours d’eau et des zones littorales (ce qui détruit la biodiversité aquatique) et de non potabilité des nappes phréatiques par excès de nitrates ou de pesticides. Même en agriculture biologique, une fertilisation mal gérée peut facilement polluer les eaux de ruissellement, d’autant plus que c’est complètement invisible pour l’agriculteur.
  • Assurer la bonne nutrition des légumes : cela permet d’atteindre de bons rendements (les plantes trouvent dans le sols les minéraux dont elles ont besoin) tout en maintenant les plantes en bonne santé et en préservant la richesse en nutriments des légumes (pour cela il ne faut pas d’excès de matières fertilisantes qui feraient des légumes gorgés d’eau faiblement nutritifs).

Les fertilisants en maraîchage biologique

Pour atteindre ces objectifs, en respectant le cahier des charge de l’agriculture biologique, nous disposons de différents moyens :

  • apports de composts
  • apports de fumiers
  • apports de « granulés » de fientes de volaille
  • apports d’engrais organiques (sang séché, corne broyée, tourteau de ricin, poudre d’os, poudre de varech, vinasse de betterave…)
  • apports d’engrais minéraux (sauf azote, interdit sous forme minérale en bio)
  • cultures d’engrais verts
  • paillage : apports de Matière Organique fortement carbonée (paille, feuilles mortes, BRF bois raméal fragmenté…)
  • usages de purins en application foliaire

Définir sa stratégie

Une bonne stratégie de fertilisation combine plusieurs de ces apports.

Décider de la nature, de la quantité et de la date des différents apports est un exercice difficile auquel il n’existe pas de réponse idéale. Chaque agriculteur devra faire ses choix en tenant compte de multiples facteurs :

  • les qualités de son sol (lourd ou léger), le taux de matière organique, les types d’humus et d’argiles qui stockent les nutriments, la bonne santé de l’écosystème du soldecider
  • les sources de fertilisants/amendement disponibles localement à bon prix
  • son arbitrage personnel entre : « Mettons-en plus, ça pousse plus. » versus « Mettons-en moins, les légumes seront meilleurs en nous ne polluerons pas »
  • la richesse en matières fertilisantes des composts et fumiers disponibles (évaluable uniquement par analyse en laboratoire. Les moyennes disponibles sont de faible utilité vu la forte variation des valeurs selon les cas)
  • le rythme de minéralisation des matières organiques dans son sol (impossible à mesurer pour un agriculteur), qui dépend de l’activité de la vie du sol. Elle augmente avec l’humidité, la température et l’aération. Elle accompagne donc le rythme de croissance des plantes, mais reste difficile à évaluer.
  • Les besoins des cultures, variables selon les sources et les méthodes (et dates) d’estimation (voir à ce propos l’article d’Hélène Védie « Raisonner la fertilisation en maraîchage biologique » : 90 unités disponibles suffisent à une aubergine greffée, pour un besoin total annoncé de 300 unités)

Une grande incertitude porte sur chacun de ces facteurs. Ceci fait que la fertilisation est loin d’être une science exacte, en somme :

La fertilisation c’est de la cuisine !

maraicher cuistot
Etre maraîcher, c’est un peu être chef cuistot du sol !

C’est donc la quadrature du cercle ! Une bonne partie de ces facteurs n’est pas maîtrisable ni même évaluable par l’agriculteur. Cela explique la grande diversité des pratiques et des « écoles » de fertilisation. Il n’est pas possible de définir une vérité générale optimale sur tout les plans. La fertilisation, en somme, c’est un peu de la cuisine, mais en plus complexe car contrairement au contenu de la marmite, ce qu’il y a dans la terre vit, réagit et interagit. Mais il s’agit aussi de mettre assez de sel -mais pas trop – en trouvant l’équilibre avec les autres épices en fonction de la recette choisie de la qualité des produits, et de l’âge du capitaine.

Et les calculs ?

On peut bien sûr effectuer des calculs de fertilisation. C’est même essentiel pour définir ce qu’est une fertilisation écologique (voir l’avertissement plus bas). Mais il faut être conscient que ces calculs se basent sur des données fausses ou incertaines. Malheureusement, leurs résultats sont souvent considérés comme « vrais » ou scientifiques, alors que les scientifiques nous expliquent que ces calculs surestiment bien souvent la quantité de fertilisant utile. Lire à ce propos les articles d’Hélène Vedie du GRAB.

Alors mieux vaut-il ne rien apporter ?

Face à la généralisation d’apports d’engrais excessifs et à l’eutrophisation des cours d’eau et du littoral qui en découle, certains choisiront de ne faire aucun apport de fertilisant. Cette décision protège complètement l’environnement mais peut s’avérer difficile pour le bilan économique du maraîcher. Néanmoins, par une bonne gestion des apports de BRF et de cultures d’engrais verts légumineuses sur plusieurs années, on peut construire un sol vivant et riche en nutriments à même de produire de très belles récoltes. C’est ce que nous propose Maraîchage sur sol vivant dans ce schéma et dans les riches vidéos de son site.

maraichage sur sol vivant schéma à 6ans

Néanmoins cette approche nécessite de travailler pendant 3 ans sur une parcelle avant d’y faire la première récolte, ce qui est économiquement difficile. Ce type d’approche est donc à réserver à la « remise en vie » de sols très dégradés. Sur des sols déjà en bonne santé, on peut s’inspirer de ces pratiques tout en cultivant les parcelles. Mais seule une culture d’engrais vert légumineuse à cycle long chaque année peut permettre de se passer de fertilisation, et cela est fort contraignant en terme de planification.

A la microferme de la Bourdaisière, nous avons choisi une voie médiane, qui cumule les avantages de forts apports de matière organique à C/N élevé, des cultures commerciales tous les ans, des engrais verts tous les 2 à 3 ans et des apports de fertilisant biologique en petite quantité.

La question de la quantité est centrale. En effet il est commun, dès que l’on fait un apport, de mettre des quantités excessives. Les prescriptions des fabricants incitent au surdosage. De plus, psychologiquement on a tendance à trouver que les doses modérées sont faibles : 1mm de compost et 400g de sang séché à épandre sur 20m² peuvent sembler très faibles. Lorsqu’on se trouve sur le terrain avec une petite boîte face à une grande surface, la tentation est grande d’en mettre un peu plus. Selon les pratiques qui nous sont connues, il est fréquent de mettre trop de fertilisant, ou alors de ne pas en mettre du tout, les petites doses maîtrisées étant trop rares.

 

Autres articles traitant de ce sujet

Fertilisation (2) : comparaison des pratiques

Fertilisation (3) : à la ferme de la Bourdaisière

Fertilité et vie du sol

Pour en savoir plus

Liens:

  • Le Laboratoire d’Analyses Microbiologiques des sols des Bourguignon présente une remarquable collection d’images des organismes vivants dans le sol, ainsi que leurs services de conseil pour améliorer les pratiques agricoles.
  • Maraîchage sur sol vivant, formation de Konrad Schreiber. L’association maraîchage sur sol vivant fait un travail remarquable de recherche et d’éducation aux pratiques agricoles basées sur la bonne santé de l’écosystème du sol. Le présent lien dirige vers une série de vidéos d’un cours passionnant : La fertilité des sols : Pivot des pratiques agroécologiques en maraîchage
  • Guide de gestion globale de la ferme maraîchère biologique diversifiée, rédigé par Anne Weil et Jean Duval. Ouvrage pointu et riche. Rédigé au Canada, la plupart des ses réflexions sont tout aussi pertinentes en Europe. Voir notamment les chapitres : 12, 13 et 14
  • Fertilisation azotée en maraîchage biologique de plein champ : résultat des essais du GRAB, cet article d’Hélène Védie montre qu’en sol lourd, après une culture hivernale d’engrais vert de légumineuses, un apport d’azote est quasiment sans effet sur les rendements.
  • vidéo avec Marc Dufumier

    présentant (entre autre ) les enjeux de qualité de l’eau liés à l’agriculture (95% des pesticides et 70% des nitrates présents dans les eaux sont issus de l’agriculture.)

  • Guide pratique production végétale en agriculture biologique d’Ecocert
  • Gérer la fertilité du sol, Laura Van Scholl, publié par Agromisa aux Pays-Bas. Le dernier chapitre rappelle l’ensemble des caractéristiques importantes d’un sol.
  • Calcul de la fertilisation azotée, Comifer, (Comité français d’études et de développement de la Fertilisation raisonnée) : ce document donne de nombreuses informations (cycle de l’azote, méthodes de calcul) sur l’approche de la fertilisation en agriculture « raisonnée » (donc conventionnelle). La complexité de la démarche ne doit pas faire perdre de vue les incertitudes et la part d’arbitraire lié à l’estimation de certains paramètres ou de certains coefficients. Il nous semble que ces prescriptions aboutissent à des apports excessifs d’engrais azotés, de plus souvent sous forme minérale ce qui favorise pertes et pollutions.
logo Horizon Permaculture
Ce dossier a été réalisé par Horizon Permaculture